Les mots s’échappent du réel pour faire advenir autre chose
Lire, c’est donner hospitalité à la parole
La réflexion a besoin d’irruptions de paroles et d’images qui appellent à la cessation de la violence
C’est une énergie d’invention sans relâche, qui relance la vie et les conditions qui la rendent possible, désirable
Ce livre de Susana, une exploration au seuil de l’indicible, un franchissement d’interdit au contenu universel
Entre le silence et l’urgence, l’œuvre d’écriture de Susana, hantée par la criminalité d’État, a suivi un cours difficile, douloureux et secret
Le vouloir-dire poétique et fictionnel lève la censure de l’oubli sans forcer les portes closes d’un pourquoi
Un poème de présence à une conscience active, où la liberté impliquerait des mots de décence pour tou.te.s
Que serait un art qui n’utiliserait ni la dénonciation
ni l’accusation, ni la provocation, ni l’héroïsme
mais qui capterait la violence à même le corps
la scène du corps emprisonné
la règle inique, obscène
d’une stratégie délibérée de destruction ?
Tant de façons d’exécuter un seul geste meurtrier
tant de livres pour les détourner
Pour ces jeunesses dilapidées
ces vies saccagées
cette extinction au nom de la foi patriotique nationaliste et guerrière
relever l’innocence
poursuivre le processus de consolation
Elles ont des corps interchangeables
promis à l’informe
qui s‘en vont par lambeaux déchirés
brûlures, seins électrifiés
orifices profanés, cisaillés, entamés
corps incendiés
Elles sont envahies par le froid, le chaud, les grossesses
elles ont si peur de la fertilité
On voit de si poignantes « niches d’intimité » dans des espaces emmurés
là où des coins ont servi de misérables abris
Les œuvres d’art et les livres existent : la logique de radicalisation a pour impasse la déshumanisation
Écrire le poème
la plus-que-faiblesse des sciences molles
le poème, qui ne sait rien calciner, ôter, tordre, détruire, ni ravager
le poème de la négation
Dire et décrire, traduire ce que la chair sait
ce que l’esprit garde au plus profond d’un puits
ce que la nuit rapporte dans son murmure ou son grondement
ce qui tourne en cercle autour de la terre depuis toujours sans se lasser
la scène tragique
Mourir encore et encore dans le poème
rejouer la scène tragique
tatouée sur le corps qui l’énonce
« C’est un défi du langage
métapoétique
combinaison de drame, de poésie et de narration
J’ai construit cette histoire fictionnellement
l’écriture est une recherche de langage
une invention et une construction de nouveau langage » (SRS)